Pamphlet contre la violence

Il vit, tout au moins il essaie. Faut dire que c’est pas facile dans cette vie. Il vit avec sa mère et sa sœur. Ils sont seuls. Enfin, c’est ce qu’on veut nous faire croire. Ils ne sont pas seuls puisqu’ils sont ensemble. Mais c’est pas dans les mœurs. Alors ils font avec. Les gens normaux aussi. Tant qu’on les embête pas, pourquoi se faire des idées sur les gens. Ça sert à rien. C’est ce qu’ils disent. Tant que les problèmes ne viennent pas devant le pallier de notre maison, pourquoi bouger.

Il vit, tout au moins il essaie. Il a l’esprit travailleur. Il ne chôme pas. C’est dans son éducation. Normal, sa mère a fait son boulot de mères. Pas comme certains. Pas comme ceux qui se moquent des autres. Pas comme ceux qui justement ne s’occupent pas des autres. D’ailleurs on fait bien la différence entre lui et les autres. Il vit ou plutôt il tente de vivre. Pire je crois, il donne l’impression de survivre.

Pourquoi ? Parce que personne ne s’occupe des gens. Ils ne sont pas touchés, alors pourquoi aller aider les autres. On va pas se fatiguer pour eux. Je pose la question. Il souffre. Sa famille aussi. Oui, parce que c’est bien une famille dont on parle. Il manque des éléments ? Et alors. Ils restent une famille. Que voulez-vous qu’ils soient d’autres. Une association de loi 1901 qui a décidé de vivre ensemble dans un accord à l’amiable. Non, ils sont une famille, et rien d’autres.

Personne ne les écoute quand il appelle à l’aide. Pourquoi ? Encore une fois, je pose la question. Il fait tout pour réussir sa vie. Et sans rien devoir à personne, pour ne pas gêner. Il fait son petit bout de chemin, sans embêter personne. Aidez-les. Faites quelques choses. À quoi servent les mots, à quoi servent les beaux discours, si on ne les applique pas ?

Dites-moi, je veux savoir. Il est seul. Non, sa famille est seule, et elle subit la violence. Et nous, que peut-on faire tout seul ? Rien. Vous entendez, nous ne pouvons rien faire seul. Il ne sait plus quoi faire. Il devient de plus en plus calme, comme s’il sonnait les trois coups de bâton avant le début d’une tragédie cornélienne. Il se prépare à jouer un requiem, hymne à sa vie.

Mais qui est-il ? Tout le monde se pose la question. Il, c’est Paul, Robert, Jean, Guillaume, Victor, Alain, Pierre, Jules, Jacques, Romain, Albert, Antonio, Mathias, Marco, Julien, tous des gens que vous connaissez. Des gens comme les autres. Des gens biens. Des gens qu’on veut pour amis. Sa mère qui est-elle ? Votre mère, votre femme, votre sœur. Parfois même la personne que vous espériez.

On casse leur voiture, leurs boîtes  aux lettres, on les insulte. On méprise et on reste impuni. On se croit tout permis. On reste là, à sa place. On n’a pas peur de faire du mal aux autres. On a souvent pas été éduqué. On agresse les gens et on se moque bien des autres. On ne s’aime même pas lui-même.

Mais qui est on ? On vient de partout. On est partout. On est dans la grande ville, dans les campagnes, dans les résidences. Le pire c’est qu’on ne se fait pas remarquer aux premiers abords. On peut être n’importe qui. On est celui ou celle dont on ne veut pas parler. On est tabou et on n’a pas le droit d’exister dans les mots et dans les discours.

Et moi, moi, j’en ai assez de tout ça. J’en ai assez de ne pouvoir rien dire, de ne pouvoir plus parler, de ne plus pouvoir aider mes amis dans cette situation. Je ne perds pas espoir, car les mots peuvent souvent plus que les actes, alors je le dis.

Aidez-les, aide-le. Faites quelque chose pour qu’ils puissent tous vivre dans la décence. Qu’ils ne vivent plus dans la peur, qu’ils ne vivent plus reclus sur eux-mêmes, caché de ce monde de violence.

Ne regardez pas que devant votre pallier.

Faites quelque chose s’il vous plaît.